Tournage du film « NAMAZU : DÉTECTER PLUT TÔT LES MOUVEMENTS DU POISSON-CHAT »

Le Labex UnivEarthS est heureux d’annoncer qu’il s’associe activement à la réalisation du documentaire scientifique qui porte actuellement le titre de :

 

« Namazu : détecter plus tôt les mouvements du poisson-chat »
Les signaux de gravité : un nouvel outil pour la détection précoce des tremblements de terre

Le contexte scientifique :

 

Il y a environ cinq ans des géophysiciens et des astrophysiciens des ondes gravitationnelles ont commencé à travailler ensemble, notamment grâce au Labex UnivEarthS. Le point de contact était très simple et en même temps très vague : les tremblement des terre et les fluctuations sismiques représentent un bruit pour les détecteurs d’ondes gravitationnelles et un signal pour les géophysiciens.

Matteo Barsuglia, astrophysicien, et Jean-Paul Montagner, géophysicien, dans la salle de contrôle de l’instrument VIRGO. Ils sont à l’origine du projet UnivEarthS Géophysique et détecteurs d’ondes gravitationnelles.

 

De cette étrange liaison une idée visionnaire est née: utiliser les changements de gravité quasi instantanés produits pendant un tremblement de terre, pour améliorer les systèmes d’alerte rapide des séismes. Ceci à la fois pour gagner un temps précieux et mettre en place des procédure de sécurité, mais aussi pour déterminer plus tôt la magnitude précise du tremblement de terre, toujours dans le but d’alerter les populations, par exemple pour des tsunamis.

Les résultats de ces recherches ont fait l’actualité, en 2015, avec un article publié sur « Nature Communications » et décembre 2017, avec une publication « Science ». Dans ces deux articles on mettait en évidence pour la première fois un signal gravitationnel pendant le grand tremblement de terre de Tohoku en 2011, celui qui a été le responsable indirect de la catastrophe de Fukushima. Dans l’article sur Science on montrait aussi, pour la première fois, comment avec une détection rapide de la gravité, on aurait pu déterminer la magnitude du séisme de Tohoku en 3 minutes au lieu de quelques dizaines de minutes !

> Détection d’un signal de gravité avant l’arrivée des ondes sismiques lors du tremblement de terre de Tohoku-Oki (11 mars 2011, magnitude 9.0)

Pour aller plus loin, et avoir des alertes plus rapides et pour des tremblements de terres moins importants, des nouveaux détecteurs sont nécessaires, et les technologies développées pour les ondes gravitationnelles pourraient jouer un rôle.

 

Le site EGO-Virgo à Caccina en Italie, où se trouve le détecteur européen d’ondes gravitationnelles.

 

Le film documentaire Namazu :

 

La motivation de ce film est double. En premier, expliquer à un large public ces derniers développements en séismologie et comment ils pourraient aider à diminuer les dégâts provoqués par les gros séismes. Et de deux, raconter l’histoire d’une collaboration étroite et fructueuse entre les géophysiciens et les physiciens des ondes gravitationnelles. Ce projet est vraiment une illustration majeure de la puissance de l’interdisciplinarité et la capacité de faire émerger des idées nouvelles, en combinant des points de vue différents sur le même sujet, une idée qui est au cœur des collaborations promues par UnivEarthS.

 

Matteo Barsuglia et Jean-Paul Montagner dans la salle de contrôle de l’instrument VIRGO.

 

L’équipe de tournage, composée de Jean-Luc Robert, Clémence Epitalon et Jean-Michel Gerber, s’est d’abord rendue en Italie à la fin du mois de Mai, sur le site EGO-Virgo où se trouve le grand détecteur d’ondes gravitationnelles européen : un endroit idéal pour parler des signaux de gravité ! La semaine a été intense et a permis d’interviewer différents chercheurs, qui ont pu partager le fonctionnement des ondes gravitationnelles, du détecteur, et de leur avancée en lien avec les tremblements de terre. L’équipe a également pu réaliser de belles prises de vue, notamment aériennes par drone, du site EGO-Virgo et du détecteur.

 

L’équipe de tournage dirigée par Jean-Luc Robert s’est glissée dans un coin de la salle de contrôle opérationnelle pour interviewer Julia Casanueva, post-doctorante sur le site Virgo.

Réglages techniques avant de filmer Jean-Paul Montagner à l’extrémité du bras ouest de l’instrument VIRGO.

Le tournage s’est poursuivi à Paris en Juin, au sein de l’Institut du Globe de Paris qui a accepté de nous recevoir pour filmer les interviews des chercheurs parisiens. Ce fut le tour des géophysiciens d’être interviewés et de partager leur travail sur la relation entre les tremblements de terre, les outils utilisés actuellement et les nouvelles découvertes en relation avec les signaux de gravité.

 

Matteo Barsuglia et Jean-Paul Montagner, les chercheurs a l’origine du projet, seront bien évidemment en tête d’affiche, et ils seront accompagnés par leurs collaborateurs qui expliqueront en détail ce sur quoi ils travaillent, comment ils en sont arrivés à ces résultats, et ce qu’ils espèrent découvrir.

Le Labex UnivEarthS est très heureux d’apporter son soutien financier et logistique à ce projet, dont la thématique est au cœur de sa mission interdisciplinaire.

 

Mais pourquoi  » Namazu  » ?

 

Dans une légende japonaise du 17ème siècle, l’archipel nippon figure la croute terrestre et est symbolisé par une « pierre de fondation », ou « kaname-ishi » , qui repose sur l’échine d’un poisson-chat, le « namazu » , qui vit dans la vase, dans les profondeurs de la terre. Le « namazu » est parfois en proie à de violents mouvements et cause de nombreuses destructions sur la surface de la terre. Le Dieu Kashima ou « kashima daimyojin »  est le seul a pouvoir le maitriser et il le tient constamment sous sa garde, en le maintenant au sol avec son épée, et en immobilisant sa tête sous la pierre « kaname-ishi« . Mais le Dieu Kashima relâche parfois son attention et le « namazu » en profite pour s’échapper et causer de nouvelles destructions.

 

L’apparition du poisson-chat, de nature discrète, a été considérée depuis de nombreux siècles comme l’augure de sombres présages (maladies, guerres, incendies), mais ce n’est qu’à partir du 17ème siècle qu’il est assimilé aux tremblements de terre.

Coïncidence étrange, les scientifiques ont découvert que les poissons-chats sont très sensibles aux signes avant-coureurs d’un séisme, comme les variations infimes du champ électrique, et se montrent très agités jusqu’à une période de 24 heures précédant un tremblement de terre…

 

 

Pour aller plus loin :

 

Prompt gravity signal due to the 2011 Tohoku-oki earthquake, Jean-Paul Montagner et al. Nature Communications 13349 (2016)

Observations and modeling of the elastogravity signals preceding direct seismic waves, M.Vallée et al., Science Vol. 358, Issue 6367, pp. 1164-1168

I13 : Géophysique et détecteurs d’ondes gravitationnelles

Détection d’un signal de gravité avant l’arrivée des ondes sismiques lors du tremblement de terre de Tohoku-Oki (11 mars 2011, magnitude 9.0)

http://www.virgo-gw.eu

– https://www.ligo.caltech.edu